L’urbanisation rapide de l’Afrique est souvent présentée comme l’un des moteurs de la transformation économique du continent. Pourtant, derrière le récit d’une « Afrique en croissance », une réalité plus contrastée apparaît : dans de nombreuses villes, l’expansion urbaine s’accompagne d’une forte progression des quartiers informels.
Une fracture géographique nette se dessine entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Dans plusieurs pays nord-africains, la proportion de population urbaine vivant dans des bidonvilles reste relativement faible, généralement inférieure à 20 %. L’Égypte, par exemple, affiche un taux d’environ 3,8 %, résultat d’investissements importants dans la planification urbaine, les infrastructures et les politiques de logement.
À l’inverse, dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, plus de la moitié de la population urbaine vit dans des quartiers informels. Les situations les plus extrêmes se trouvent au Soudan du Sud, où environ 94 % des citadins vivent dans des bidonvilles, mais aussi au Mali (92 %), au Burkina Faso (87 %) et au Tchad (82 %).
Certains pays offrent toutefois des exemples plus encourageants. L’Eswatini présente l’un des taux les plus faibles d’Afrique subsaharienne avec environ 17 %, tandis que l’Afrique du Sud, avec 24,2 %, se distingue parmi les grandes économies de la région.
Ces écarts mettent en évidence un facteur déterminant : la qualité de la planification urbaine. Les pays ayant investi dans les infrastructures, l’aménagement du territoire et la sécurisation foncière enregistrent des taux plus faibles de quartiers informels.
Si les tendances actuelles se poursuivent, l’Afrique subsaharienne pourrait compter d’ici 2030 environ 360 millions d’habitants supplémentaires vivant dans des bidonvilles. Le véritable enjeu n’est donc pas l’urbanisation elle-même, mais la capacité à l’organiser et à l’accompagner durablement.


